19 avril 2055
Un vent chaud soufflait sur mes joues..il était très doux et me cajolait confortablement. Sans notion du temps, ni d’espaces, je sentais l’effet bénéfique sur mon corps de cette constance. Mais des infimes variations se ressentaient sur ma chair à vif. C'est ce qui m'éveilla de ma profonde torpeur. Mes paupières se soulevèrent, du moins, tentèrent de le faire. De mes jointures hypertrophiées par la contraction de mon poing, je grattai le mélange de croûtes et de galles qui s'était formé durant mon long sommeil.
Je me trouvais dans une vieille usine. La rouille coulait, ainsi que l'eau, et ce, un peu partout. J’étais sur un talus de déchet, sur le bord d’une ouverture d’où l’air chaud qui m’a éveillé s’échappait. À première vu, on dirait un crématoire ou un incinérateur. Bien que l’odeur soit exécrable, cela ne ressemble pas à de la chair calcinée, au contraire de ma propre odeur corporelle. Et si je me fie aux immondices accumulées autour de moi, cela doit être des déchets domestiques ou d’industrie légère. Les détritus qui sont en train de brûler ne le sont que légèrement…ils ne sont pas là depuis longtemps.
-Il n’y a personne dans le bâtiment pourtant, me dis-je d’une surprenante confiance en mon opinion. Mais que puis-je bien faire ici?
Bien que mes plaies ne soient pas cicatrisées, je réussis à me mettre sur pied avec une relative vigueur. J’explore tranquillement mon environnement immédiat. Une fois de plus, je vois bien que l’usine semble abandonnée, il n’y a que mon petit coin qui est organisé, et cela de manière très amateur, fait sur le pouce pourrait-on dire. J’avance vers les vitres qui se trouvent de l’autre côté de la pièce et jette un coup d’œil vers l’extérieur.
-Mmmmm…je ne suis pas loin, deux pâtés de maison tout au plus de l’entrepôt Futchi. Comment cela c’est passé? Je me souviens de la chaleur, de mon corps qui brûlait, puis du…Non, je ne me souviens pas d’après, je ne veux pas me souvenir. Mais comment suis-je arrivé ici? Me dis-je à nouveau.
Je me retourne pour aller m’étendre de nouveau sur ma couchette de fortune, mais j’aperçois, recrocvié face à la trappe, un homme sous une grande tunique faite de pièce rapiécée, donnant une teinte sombre à l’individu. Il semble alimenter le feu. La flamme était encore visible, teintée d’une teinte mauve et fade. Heu? C’était juste une illusion d’optique finalement, l’homme cachant pratiquement au complet le feu, ne laissant qu’une fine auréole jaunâtre autour de lui. Il va falloir que je m’approche pour l’empêcher de partir.
Non, ce n’est pas logique. S’il est là, à alimenter le feu, c’est pour moi, il sait que je suis là. En plus, il n’a pas l’aire d’avoir de réactions face à mon absence. Probablement que je pourrais aller le voir sans danger.
-Qu’est-ce que tu veux, étranger? lui dis-je.
-Je cherchais dans les poubelles..
-Les déchets sont en feu, tu ne trouveras rien. Ce n’est pas toi qui les y as mis?
-Je cherchais dans les poubelles quand j’ai vu un homme sortir de la bâtisse les mains pleines de sang…Cela m’a attiré… mais quand je suis arrivé tu étais encore vivant…je n’ai pas pu, j’en avais tellement envie, mais je n’ai pas pu.
-Je ne comprends pas ce que tu veux me dire, qui es-tu?
-Je m’appelle? Je m’appelle… je ne suis pas sûr. Quand je t’ai trouvée, je t’es sorti de là et je suis venu ici, dans mon antre, que je t’ai confié pour te réchauffer. Tu gémissais beaucoup, tu sais, jusqu'à tant que je t’allume ce feu. Cela fait plusieurs jours que tu es là, n’as-tu pas faim?
Qui est-il? Il ne m’a pas encore regardé, restant dos à moi. Il à raison par contre, j’ai une faim crève-coeur. Une main se tend dans le même laps de temps, une demi-miche de pain à moitié rassis y pendant. Je me dirige illico vers lui, prenant la miche de mes 2 mains noircies pour l’avaler à grandes bouchers. Le ventre me gargouille violemment, cela me fait pensée à un cri de détresse me demandant d’ouvrir plus grand encore ma bouche. Dès que la nourriture quitte sa main, il la rétracte d’une manière vive, puis il continue à nourrir le feu. Le pain est exécrable, il doit sortir des poubelles, mais on va faire avec cela, je n’ai pas la force de trouver autre chose.
-Qu’as-tu à la main? Laissais-je m’exclamer, intrigué. On dirait des brûlures aussi, est-ce que tu t’es fait cela en m’aidant?
-Oui, j’ai partiellement été carbonisé il y a quelques années, dans l’incendie de ma maison, mais elle n’a pas assez brûlé, me dit-il d’un ton peu concentré : je n’ai pas réussi.
-Heu (perplexe)… Pourquoi n’est-tu pas allez voir DocWagon pour une transplantation de peau? Pourquoi vies-tu comme une bête, ton sin reste valide, tu sais?
-…. J’avais des problèmes, que j’ai.. essayer de régler, mais ça n’a pas marché. J’ai tellement eu honte, je ne pouvais m’accepter avant…encore moins après.
-En tout le moins, merci de m’avoir aidé, tu m’as sûrement sauvez. Tourne-toi que, je te vois, il faut que je me souvienne de celui qui a pu éviter le pire.
-Non.
-Pourquoi? Tu ne dois pas être pire que moi.
-J’ai dit NON.
Ce mec est vraiment trop étrange. Peut-être peut-il être dangereux envers moi finalement.
-Merci une fois de plus, mais je vais partir maintenant, il faut que je rejoigne…je ne sais pas, mais j’ai sûrement des contacts qui peuvent m’aider. Et plus bas pour moi-même : Mais qui? Personne à Futchi en tout cas. Ils doivent me croire mort et c’est sûrement mieux ainsi, Kreg a du tout leur balancer. Mon sin doit être totalement classé criminel maintenant. En trouver un autre? Bonne idée, mais il faut que je sois soigné avant, me rendant compte de mon actuelle faiblesse. Un streetdoc serait utile, manque plus qu’à en trouver un.
Je regarde autour de moi et me dirige vers la sortit à l’arrière de la bâtisse. Une main me prend l’épaule et l’homme dit :
-Non. Ne pars pas, j’ai besoin de toi.
Je me retourne et tombe à la renverse. Arg! En plus de la douleur continue qui me parcours depuis mon lever, je vais avoir mal au cocsisse. Je reconsidère la raison de ma chute… le visage de l’homme. Il est décharné, certains coins semblant en lambeaux. Il a l’oeil gauche à moitié fermée, caché par son long capuchon.
-Ce n’est pas des brûlures qui te marquent.. Ta peau est en train de pourrir! Qu’est-ce que tu es? Une goule? Merde, tu veux me bouffer hein?, dis-je en reculant à l’aide de petites poussées, le mieux que puisse offrir mes jambes.
-Oui, j’ai la souche Krieger, mais elle n’a pas achevé. J’ai conscience…parfois, mais je dois manger de la chaire, pas la tienne.
-Comment puis-je te croire mort-vivant, tu es abjecte. Tu veux m’infecter alors n’est-ce pas? Tu ne réussiras pas.
S’étant approché de moi, je réussis à lui assener un coup des pieds à la hanche, qui le fait crier de douleur. Je me relève puis cours jusqu’à la porte. Il tente de m’arrêter en me disant :
-Non, non, je ne te veux pas de mal. Ce n’est que par échange de fluides corporels que je peux. Je ne voulais que t’aider, te parler, manger… mais pas toi!
-Ne me touche pas, damné.
-Tu ne comprends pas, il faut que tu comprennes avant le départ.
Je lui assène un coup de poing au moment où sa main arrive pour me toucher à nouveau puis je pars vers l’extérieur à toute vitesse. Derrière, j’entends quelques complaintes, mais aucun son de poursuite ne semble se maintenir. Il faut que je trouve rapidement un doc. J’atteins rapidement une route avec un bon débit de circulation. La lumière du soleil m’aveugle énormément, ce qui me fait tituber quand j’avance, en plus du tarmac bouillant qui me défait la plante des pieds. Sur le bord de la route, une jeune naine, habillé en filet et en synthé-cuir de haut en large (surtout en large) attend un autobus. Sans être sinless, elle doit connaitre un minimum de l’underground.
-Sais-tu où je pourrais trouver un docteur privé?
Aucune réponse; des écouteurs pendant à ses oreilles. Je lui pause la main sur l’épaule et répète le même enchaînement de mots, 3 octaves plus haut :
-
Sais-tu où je pourrais trouver un docteur privé?Elle se retourne en sursaut. Sa situation ne s’améliore pas quand elle voit mon visage.
-Une goule!!!!!!!!!!!!! Au secours!!!!!!!
Elle part en courant le long de la rue, faisant tourner la tête à plusieurs passant. Un troll, d’un air fâché, se dirige vers moi en dégainant un pistolet.
Je mets mes mains en signe de refus loin devant moi, en même temps que je cri au quiproquo. Le troll, l’air farouche et les veines gonflées, lève tout de même son arme et commence à tirer. Dès la première balle, je me fais écorcher l’épaule. L’adrénaline arrive au bloc. Je cours en sens inverse de toutes mes forces, de tout mon être, sans prendre en considération l’énergie limitée que je possède, on verra à sa plus tard. Directement sur le côté ouest du quartier industriel il y a un parc, assez grand avec forêt verte et luxuriante. J’enfourche branche et trou d’eau, courant et courant. Au bout d’un bon moment, je sens l’air agresser ma gorge.
Une bouffée de chaleur m’envahit dans les mêmes instants, revigorant mes membres engorgés d’acide lactique. Une voie s’élève peut après dans les arbres, la voix est familiaire, mais autoritaire :
-Écoute-moi!
-Non, je te l’ai déjà dit, non!
Quelques enjambées plus loin, je percute un mur invisible. En fait, je continue de courir, mais l’intégral de ma chaleur corporelle est resté violemment à l’arrière. La seconde qui suivit me vit tomber énergiquement sur le sol, au pied d’un buisson, sans la conscience de mon inconscience.
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...lors d'un dîner avec des officiels communistes en URSS, où lorsque que le repas est servi dans de la porcelaine de valeur, le Che fait remarquer sarcastiquement à ses hôtes « Est-ce de cette façon que vit le prolétariat en Russie ? »